Awash National Park

11/14 août 2011

 


D'Addis Abeba à Awash

 

IMG 70998h. Je quitte, sous une pluie battante, le quartier de Shoromeda (cf album photo), au Nord d'Addis Abeba pour rejoindre une des deux gares routières de la capitale, à l'Est. Les minibus taxi bleus et blancs qui sillonent la ville et le pays n'ont pas d'horaires de départ. Ils démarrent lorsque les dix ou douze places sont occupées. Afin de rejoindre la ville d'Awash, à l'Est, je dois effectuer un changement à Nazret, à 90 km au sud, puis emprunter la route la mieux entretenue d'Ethiopie, et pour cause : c'est la plus récente mais surtout la plus importante puisqu'elle relie Addis à Djibouti, haut lieu de l'import-export pour le pays. Construite il y a plus de dix ans pour remplacer la liaison ferroviaire réalisée par la France au XIXème siècle - détruite par endroits et dont les convois étaient régulièrement attaqués ces 30 dernières années - elle traverse le pays Afar, désertique, et la vallée du Rift. C'est le théâtre d'un ballet incessant de camions chargés de café, de khât, de bestiaux, de minerais divers qui reviennent à vide ou pleins de matériaux de construction, d'électronique...

La route qui relie la capitale à Nazret descend en pente douce à travers les hauts plateaux verdoyants, ses plantations de thêf - une céréale endémique qui sert à la préparation de l'injera, une galette, aliment de base des éthiopiens - de maïs, ses troupeaux de moutons et de zébus. Après une demi-heure d'attente à Nazret, me voilà reparti pour 120 km. Après une vingtaine de kilomètres, une crevaison nous force à nous arrêter. Vite fait bien fait, nous repartons et le paysage très vert et valloné change peu à peu. La terre brune chargée d'eau et de fertilité se change en sable et terre plus sèche, la végétation devient maquis et garrigue, et les premiers chameaux - animaux domestiques pour le labour ou le transport de charges - font leur apparition sur le bord de la route, broutant les arbustes épineux. A présent, les 15 ou 20° d'addis sont loin, et la température approche les 35°.

Plus on se rapproche d'Awash plus le paysage se change en savane, parsemée de plus en plus de roche volcanique noire, vestige des multiples éruption du Fantalé, visible de toutes parts aux alentours du parc. Lorsque je reviendrais en pays Afar, je ne manquerais pas d'en faire l'ascension.

 

Awash National Park

 

campsite

4h30 après mon départ, le minibus me laisse à l'entrée du parc (cf album photo), à une quinzaine de kilomètres avant Awash. Voyager seul, sans voiture en Ethiopie s'avère un peu compliqué, surtout pour les parcs nationaux - même si certains sont accessibles à pieds - et je dois donc attendre que quelqu'un se rende au Awash Falls Lodge, 11 km plus loin, pour pénétrer dans le parc. Il est également interdit de se déplacer à pieds sans guide, mais quelques kilomètres seul ne m'ont pas inquiété. Il est environ 17h, et je me rends au campement, devancé par une horde de babouins. Ils sont à peine à 10 m de moi sur le chemin, et lorsque j'arrive à hauteur de ceux perchés dans les arbres, ils s'empressent de descendre pour rejoindre le groupe. Les jeunes sont nombreux, certaines mères portent leur petit sur le ventre, et s'ils ne sont pas agressifs, je reste néanmoins vigilant notamment concernant les mères et le chef de horde, qui est énorme. Après un kilomètre, je suis accueillis au campement par des singes gris et blancs, plus petits et véloces que les babouins. Je plante ma tente près de la rivière, en prenant soin de bien tout refermer, car il suffit de peu pour tenter les singes.

 

De retour au Lodge pour dîner, seul, il n'y a aucun farenjis - mot désignant le "blanc", mais originellement le "francais",  le mot french étant difficile à prononcer, il est devenu farenji - car c'est la basse saison touristique. Je profite des dernières heures du jour pour contempler les chutes du fleuve Awash, et m'en approcher au plus près. Saison des pluies oblige, les eaux sont boueuses, tumultueuses et le niveau élevé, mais c'est agréable et rafraichissant de sentir la vapeur d'eau et de boue sur mon visage. Les crocodiles qui peuplent habituellement les rives sont descendus vers des cieux moins agités, à l'exception d'un individu qui se montre tous les jours, une heure avant la nuit. Après un repas éthiopien, injera et shoro - sauce de légume agrémentée de poivrons et de piments - je rejoins le campement à la lueur de ma frontale, accompagné par le chant des oiseaux nocturnes, des grenouilles, l'aboiement lointain des chiens sauvages et le brouhaha incessant des chutes qui se transforme en murmure lorsque je remonte la rivière. Les singes ont rejoint les arbres pour passer la nuit, chaude et humide. Le garde qui est censé surveiller le campement au cas où quelques chacals, phacochères ou crocodiles s'approchent trop près de ma tente, n'est pas là. Qu'importe.

Le lendemain, lever à 5h30, pour profiter de la fraîcheur et de la lumière du petit jour. Lorsque j'ouvre ma tente, surprise ! Les petits singes gris et blancs sont une douzaine, à cinq mètres de moi, s'épouillant et cherchant quelque nourriture au pied de l'arbre. Je me fait aussi discret que possible pour les observer mais le moindre de mes mouvements les fait entrer dans une course folle à travers la clairière et les branches.

Après deux succulents cafés, le staff du lodge me questionne sur ma nuit, et sur ma descente de la veille à deux mètres des chutes. Ils s'étonnent en riant de mon abscence d'inquiétude et me surnomme amicalement "Jungle Man". Comme je l'ai précédemment signalé, il est impossible de se déplacer sans voiture au sein du parc. Le propriétaire du lodge, que son personnel appelle "The Doctor", qui vient d'Addis tous les weekends, me propose de faire un tour sur la plaine puis d'aller à Awash où il doit acheter du matériel pour la salle de conférence en construction et pour la réfection des cases traditionnelles qui servent de chambres. Après une heure de piste, quelques phacochères, oryx et gazelles aperçus, nous quittons le parc.

Awash est une ville semblable à des milliers d'autres en Afrique. C'est la porte du désert. De part et d'autre de la route qui mène à Djibouti, boutiques de matériel de construction, cafés, cybercafés, stations essence "Oilybia" et "Total" cotoient les marchandes de fruits et légumes, de khât et de bassines de toutes tailles et toutes couleurs. Plus on s'éloigne de la route, plus on entre dans les quartiers, aux rues étroites et ensablées, aux portails clos, d'où montent les cris des enfants qui jouent et le bêllement des moutons qui broutent la poussière, vivant, pour beaucoup, leurs derniers jours avant la fin du ramadan. Le pays Afar est la région musulmane d'Ethiopie. A la différence d'Addis, ici, beaucoup de femmes et d'hommes arborent leurs vêtements traditionnels, et il n'est pas rare de voir, en début d'après-midi, de nombreuses personnes errer le long de la route, ou parler seuls, sous l'effet du khât et de la chaleur. Je dois vous préciser que ce sont les musulmans qui ont fait les premiers l'expérience de cette plante dont on mâche les feuilles avant de les avaler, ou que l'on garde en bouche, dans la joue. A l'origine, l'absorption avait un but spirituel et religieux, comme les chamans usent de la datura ou d'autres plantes, mais certains en consomment des quantités telles qu'ils en sont dépendants, et creusent le budget familial (je reviendrais dans un futur article sur le khât, la façon de le consommer et la cérémonie).

 

Une rencontre, des échanges, des opportunités


Sur le chemin qui nous mène à Awash, le Docteur Yirmed Demeke - spécialiste des éléphants - me questionne sur les raisons de ma venue en Ethiopie, mes études, etc... Après de succintes explications, (oui,je peux être concis parfois!) il m'indique qu'il est le directeur d'une ONG - Wildlife for Sustainable Development - dont le but est la préservation de la biodiversité éthiopienne par la promotion d'une utilisation raisonnée de l'habitat sauvage et d'études scientifiques concernant l'ensemble des espèces. Ensuite, compétences en communication oblige, et européen de surcroît, il me demande ce qui pourrait être amélioré concernant le lodge. Je lui propose simplement d'inscrire le nom du campement sur le fronton du portail en bois. Il trouve l'idée intéressante, et pousse même jusqu'à me laisser le choix des couleurs (ce n'est pas grand chose mais c'est beaucoup de confiance malgré tout), et souhaite également orner le sommet intérieur du portail par un écriteau souhaitant un "Bon voyage" (en français, pas en anglais), aux clients qui quittent le lodge. Il me propose également de nous revoir à Addis pour travailler ensemble au sein de son ONG, notamment sur les outils de communication obsolètes (site internet de l'ONG, du lodge et plaquettes), ainsi que sur la mise en place et l'organisation d'un colloque sur la protection et la réintroduction d'espèces dans la parc - le 24 août 2011 - les comptes-rendus et la continuité de la campagne de plaidoyer. Ce colloque est important puique plusieurs ministères, l'ONU, des ONG internationales et des entreprises privées y participent (article à venir).

De retour dans le parc, et afin de me remercier, il m'invite à partager son repas - injera et shoro, plus épicé qu'à Addis - durant lequel nous discutons de choses et d'autres, de la vie en Ethiopie, de l'Europe, de la crise mondiale, de l'humain, et surtout de son travail de scientifique sur les éléphants, qu'il a du abandonner car la région de l'Ogaden, ou Somali - Sud-Est - seul endroit où il reste des éléphants, est impraticable car les falllashas, contrebandiers, pirates et autres fous de Dieu peuplent ce désert. D'autre part, il me glisse qu'il souhaiterait engager un occidental pour administrer le lodge, car cela rassure les clients qui ont plus tendance à croire un blanc comme eux plutôt qu'un éthiopien. Ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd... Les jours suivants, je supervise à ses côtés l'évolution des travaux de la salle de conférence, lui dispense des conseils pratiques à sa demande, gère la réalisation des deux panneaux, et l'accompagne dans ses déplacements à Awash pour l'achat de matériel supplémentaire.


vue de l'ancien lodge
En tant que conservateur du parc, il a pour mission de recenser le nombre d'individus de chaque espèce. Je l'accompagne dans ce travail, mais nous avons malheureusement vu peu d'animaux car l'heure était déjà bien avancée dans la matinée. Je dois retourner avec lui dans le parc un weekend pour voir l'ensemble des travaux terminés et recompter les espèces. Il me fait également visiter le premier lodge, géré par le gouvernement, mais à l'abandon, situé en aval des chutes, et formé de caravanes. La vue sur le rift et la rivière est splendide, et de nouvelles idées germent dans mon esprit.


C'est déjà le moment de repartir. Yirmed me ramène sur Addis, mais nous ne boudons pas notre plaisir autour d'un bon café, face au lac de cratère de Debre Zeit, à 2 000 m d'altitude, avant d'entamer les 50 km qui nous séparent encore de la capitale et de sa pollution...



Lac de cratere, Debre Zeit

 

 

07/09 octobre 2011

 


 

Retour dans le Parc National d'Awash

 

Depuis une semaine, Yirmed Demeke - le Docteur - et moi même travaillons à la recherche d'un volontaire international pour gérer le lodge et l'assister dans son travail sur la protection de la nature et la réintroduction d'espèces disparues du parc. Depuis la rédaction de l'article " Awash National Park : une conférence nationale pour sauver le plus ancien parc d'Ethiopie " nous travaillons sur la recherche de fonds pour réintroduire trois espèces d'ici à juillet 2012, à savoir : autruches, zèbres et antilopes. Je travaille également sur la mise en page du site internet du lodge et dois prendre de nouvelles photos. C'est pour ces raisons que nous nous rendons à nouveau au parc.

 

Notre départ ayant été retardé pour des raisons administratives, nous prenons la route à 16h, et une fois Nazret derrière nous, la nuit tombe, et avec elle les dangers de la route. Comme je l'ai mentionné plus haut, cette route relie Djibouti, et de nombreux camions la sillonent. Cette portion étant encore assez vallonnée, il n'est pas évident de voir les poids lourds arriver en face car leurs phares sont faibles. De plus, si un accident survient, aucun véhicule ne garde ses phares allumés, et la plupart du temps, ils ont lieu dans les virages. Sachant que l'on roule à environ 90 km/h, Yirmed doit fréquemment piler. Cependant, certains chauffeurs nous ouvrent la voie en nous indiquant, grâce à leurs clignotants, si l'on peut ou non les doubler.

 

A une vingtaine de kilomètres du parc, nous traversons la ville de Metahara. De nuit, elle ressemble à une ville frontière, ou à une de ces villes d'Amérique Latine perdue dans la montagne où les orpailleurs viennent dépenser leur butin en alcool et en femmes.  Le long de la route, une centaines de camions et de bus sont stationnés pour la nuit, et derrière, en enfilade, des dizaines de cafés arborent néons rouges et blancs, guirlandes et autres spots, attendant le chauffeur fatigué mais prêt à consommer.

 

Les changements du parc

 

Après une bonne nuit de sommeil, je me lève avant l'astre solaire pour profiter de la fraîcheur et prendre quelques Awash-National-Park 8924blogclichés - les meilleures heures étant tôt le matin ou en fin d'après midi, la lumière, durant la journée étant trop importante - et je suis tristement surpris. J'avais quitté le parc durant la saison des pluies, et à peine deux mois plus tard, les chutes les plus à gauche de la rivière sont asséchées, et le niveau est très bas. Il y a plusieurs raisons à cela : peu de pluies abondantes, des températures record, et une irrigation importante des cultures en amont des chutes juste après la saison des pluies.  Cela étant, c'est agréable de découvrir l'endroit sous un nouvel angle. Les chutes sont limpides, les crocodiles sont de retour, les singes ont repris leurs quartiers arborés près du lodge ou sur la terrasse, et je peux marcher le long de la rivière sur environ deux kilomètres. Le lodge a également subi quelques transformations : les panneaux sont fixés au-ssus du portail, et la " salle de conférence est terminée. "

 

Le bas niveau de la rivière Awash inquiète Yirmed, un peu parce que le lodge a besoin de cette eau, mais surtout pour les animaux du parc et les populations locales qui vivent en aval des chutes et utilisent cette eau pour l'irrigation des champs et leurs troupeaux. Il décide donc de grimper en amont et de creuser un canal afin de recréer une nouvelle chute.

 

Le canal

 

Nous traversons la rivière sur un bateau pneumatique, escaladons les dix mètres de chutes asséchéchées et longeons le lit de la rivière avant de nous enfoncer dans une végétation luxuriante. Après quelques coups de machette, nous atteignons le point d'entrée du futur canal, et je comprends pourquoi l'eau se faisait rare. Durant la saison des pluies, la rivière draîne de nombreuses branches, troncs morts et alluvions. Mais sa puissance déracine également des arbres qui, au fil du temps, créent des barrages naturels en retenant tous corps solides. Le problème est que la terre s'y tasse de plus en plus jusqu'à former de véritables bancs solides. 

 

Armés de pelles, de pioches, de barres à mine ou à mains nues, nous entamons la destruction de l'îlot. Après une heure de travail, Yirmed nous rejoint, et me voyant travailler dans cette eau stagnante, me somme de sortir. Durant plus de six heures, sous un soleil de plomb, huit éthiopiens creusent donc le canal. D'à peine 70 cm de large et de 30 cm de profondeur, il se transforme en un goulet de plus de 5 mètres de large et un mètre de profondeur. Le soir venu, nous admirons, ravis, la naissance de la chute.

 

Peu avant la nuit, nous quittons le lodge pour la partie septentrionale du parc près du volcan Fentalé, pour observer les hyènes. Leur habitat, des cavernes formées par les anciennes éruptions, se trouvent au milieu de champs dethef et  de maïs. Elles ne sortent donc qu'à la tombée du jour, avec la fraîcheur et le départ des éthiopiens. Tapis dans les broussailles, nous attendons patiemment qu'elles daignent se montrer. Etant dans le sens du vent, elles nous ont sûrement repérés, et se moquent de nous de leur rire strident qui monte du fond des grottes. Après trois quarts d'heure, elle se montrent enfin, tracent de grands cercles sur le parvis puis disparaissent dans les champs. J'observe, aux jumelles, quelques petits faisant leurs premiers pas, et mordant leur mère qui les envoie d'un coup de gueule rouler à plusieurs mètres. C'est n'est pas particulièrement un bel animal, mais il faut reconnaître que c'est assez marrant de les voir se dresser sur leurs pattes, dont les postérieures semblent - ou sont - plus courtes que les antérieures. Tapis à cent mètres je peux en rigoler, mais étant donné leur corpulence et la pression de leur machoire, mieux vaut en rester là ! Sur le chemin du retour, nous croisons de jeunes Afars avec leurs troupeaux de chameaux, puis traversons à nouveau Methara pour rentrer au lodge.

 

Ethnies sous tension

 

Avant de quitter le parc pour Addis, le dimanche midi, je vois ce que nombre d'éthiopiens m'ont expliqué, à savoir la montée de violences entre groupes ethniques. Si l'Ethiopie est un Etat Fédéral ou chaque majorité ethnique administre une région, il n'en reste pas moins que l'autoproclamé Premier Ministre depuis vingt ans, Meles Zenawi, attise ces tensions qui prennent chaque jour de l'ampleur (j'y consacrerais un article). Suivant le principe "Diviser pour mieux régner", ce n'est pas un mauvais calcul pour qui veut garder le pouvoir et passer un certains nombre de lois et contrats, la population étant plus occupée à s'observer et se détester plutôt qu'à contredire les décisions du gouvernement. J'en reviens au problème. Au sein du staff, une éthiopienne d'origine Afar est violemment en opposition avec une éthiopienne d'origine Oromo. L'une arguant que le parc est sur ses terres, donc qu'elle a le pouvoir, l'autre rétorquant que les Oromo sont l'ethnie la  plus importante du pays - plus de 30 millions - et  qu'elle a donc toute autorité. Entre les menaces d'égorgement et les cris, le Docteur tente de résoudre le problème, sur la base que le lodge répond à l'attente des clients et doit donc être neutre. Après plusieurs heures de parlementations, aucun compromis n'est trouvé par les parties en conflit, et Yirmed prend donc une décision immédiate : elles sont toutes les deux virées et doivent quitter le parc sur l'heure.Sur la route du retour, il m'explique que c'est une nécessité d'avoir une équipe unie et soudée, mais que depuis quatre mois, c'est la valse des employés. Ah les difficultés du management et des ressources humaines ! Le ou la future volontaire aura sûrement fort à faire !

 

Arrivé à Addis, je rejoins la maison d'Atlas, heureux de retrouver mes collocataires et de rencontrer la copine suisse de l'un d'eux. Vous connaissez la suite si vous avez lu l'article "Le Khât ".