Projet Qurbani : un partenariat entre Islamic Relief et Yeteem

Publié le par ethiopianadventures

Par Quentin Léal

4 novembre 2011, Addis Abeba, Ethiopie

Vendredi 28 octobre, au siège de l’ONG internationale Islamic Relief (IR, Secours Islamique en France),à Addis Abeba ,avait lieu une réunion pour annoncer la liste des associations éthiopiennes bénéficiaires du projet Qurbani 2011. L’ONG Yeteem Children and Destitute Mothers Fund, qui faisait partie des lauréats, a vu ses attentes plus que récompensées : sélectionnée d’office, l’association, qui a fait une demande de partenariat à long terme avec IR, se verra acceptée par le siège au Royaume-Uni si elle remplit parfaitement sa mission lors du projet.

le projet Qurbani

IRLe projet Quarbani, est un soutien périodique initié par IR en Ethiopie et dans d’autres pays où des populations musulmanes sont nécessiteuses. Courant du 31 octobre au 9 novembre 2011, il a pour but d’apporter aux bénéficiaires, à Addis Abeba et dans toutes les régions du pays, une aide alimentaire temporaire par le don de moutons vivants ou de viande - 5 kilos par famille en moyenne mais c’est selon la taille du foyer - pour la célébration de Hadj. Cette fête correspond à l’anniversaire de Mahomet - dimanche 6 ou lundi 7 novembre 2011 - et l’annonce de l’intention du pèlerinage vers La Mecque - cinquième pilier de l’Islam - par les croyants.

Au sein d’IR, ce projet revêt une importance particulière puisqu’ils ne sont pas la seule ONG à l’organiser. Ainsi, outre l’obligation religieuse de tuer les bêtes selon le rituel musulman, IR s’astreint à des obligations de qualité et de transparence. En effet, de la qualité des résultats et retours des ONG bénéficiaires dépend la continuation des dons en direction de l’Ethiopie. Il en va de même pour les subventions en provenance du gouvernement éthiopien : selon le résultat de l’audit annuel réalisé par l’entité gouvernementale compétente, l’autorisation de réaliser ce projet sera ou non reconduite l’année suivante. Ainsi, Islamic Relief sélectionne les bêtes et leurs vendeurs sur la base de critères précis : la provenance de la viande ; la qualité de la viande ; le coût des bêtes et la capacité à démontrer la justesse du prix en comparaison du marché local ; la localisation, IR privilégiant le marché local plutôt que national ; la capacité de délivrer tous documents administratifs et reçus.

D’autre part, les dons alloués à ce projet ne proviennent que de particuliers, qui sélectionnent eux-mêmes sur la base de critères prédéfinis - qualité de la viande, respect du rituel, nombre de bénéficiaires, situation d’urgence, qualité, sérieux et transparence des comptes rendus - à quel pays ils souhaitent donner. Cette année, l’Ethiopie est en tête de liste pour la réception de dons, du fait du principe d’urgence qui touche la Corne de l’Afrique, mais, habituellement, l’astreinte de chaque bureau national d’IR à ces critères répond à une « concurrence » sous-jacente entre les antennes. Outre ces obligations, le projet Qurbani, du fait de sa temporalité, fait face à un problème majeur : le nombre de bêtes et kilos de viande dépend de la ponctualité des dons. En effet, la délivrance des dons pour chaque pays, l’achat des moutons et leur acheminement dans les différentes localités forcent le siège d’IR au Royaume-Uni - maison mère - à stopper leur réception plus d’un mois avant la date de célébration, les dons étant reçus après sont soit retourné soit pour l’année suivante selon le choix du donateur.

Sélection des ONG bénéficiaires

Afin d’être bénéficiaires, les ONG locales lauréates doivent répondre à différents critères - clairement énoncés dans un document - tels que : répondre aux procédures et obligations de la convention de partenariat et de la charte d’IR ; être enregistrées comme ONG auprès des autorités locales et nationales ; avoir des capacités suffisantes en termes de ressources humaines, de logistique et de réalisation afin de compléter correctement l’action et les obligations de compte-rendu ; être capable de présenter tous les documents administratifs et financiers nécessaires. Les organisations non musulmanes peuvent elles aussi être bénéficiaires, mais doivent respecter les valeurs et principes musulmans d’IR et du projet, et impliquer les communautés musulmanes locales lors de l’implémentation du projet. La connaissance de ces critères de sélection par les ONG demandeuses permet à celles non retenues d’avoir des explications claires et précises sur les raisons du refus. Elles peuvent ainsi y remédier pour l’année suivante.

Après cette première sélection, l’antenne d’IR  se penche sur les populations bénéficiaires pour affiner son choix. Comme précédemment, les critères sont énoncés comme suit, sur une base de points, les ONG en obtenant le plus étant sélectionnées. Doivent être bénéficiaires : les familles qui vivent en dessous du seuil de pauvreté établi par le pays (40 points) ; les femmes célibataires ou veuves ayant une famille à charge (20 points) ; les familles dont un ou plusieurs membres sont malades ou âgés (10 points) ; les enfants de moins de 5 ans (5 points) ; les femmes enceintes (5points) ; les femmes qui allaitent (5points) ; les familles n’ayant pas ou peu d’accès au marché local (5 points). Une fois cette étape achevée, les organisations sont averties de leur sélection et doivent annoncer le nombre présumé de personnes bénéficiaires. Quel qu’il soit, l’ensemble des fonds est divisé de manière égale à chaque ONG, et c’est donc à elle-même de sélectionner les bénéficiaires selon les critères d’IR et le cœur de cible de leurs différents projets. Si cela peut paraître difficile à comprendre ou admettre, l’explication de ce choix se base sur le principe des dons limités et d’égalités entre chaque partenaire.

Obligations des ONG sélectionnées

Islamic Relief  s’astreignant à un principe de transparence envers ses donateurs et auditeurs, les associations qui réalisent le projet y sont également astreintes puisqu’elles sont des partenaires représentant IR sur le terrain. Ainsi, elles participent à une réunion d’information sur les différents documents à remplir, et les photos à réaliser pour le compte-rendu qui servira de vérification du respect de la convention et  pour la communication du projet par IR.

Les organisations doivent respecter trois obligations : réaliser des interviews de bénéficiaires grâce à un questionnaire pré-établi - aucun nombre précis n’est demandé, la qualité et le caractère unique de l’interview primant sur la quantité ; noter le nom des bénéficiaires, le nombre de kilos reçus et les faire signer ; prendre un certains nombre de photos répondant aux normes définies par IR. Lors de la réunion, ce dernier point est particulièrement détaillé. Des exemples de bonnes et mauvaises photos sont projetées, et le staff demande aux participants d’en donner les raisons avant de les expliquer si besoin est. Par exemple, il ne faut pas photographier le mouton lors de son abattage mais privilégier les photos d’enfants à côté de la bête vivante, il faut éviter les poses, peu expressives et émotionnelles, et préférer l’action, ou faire apparaître le logo d’IR sur les prises de vues. Néanmoins, Islamic Relief précise également que ce travail ne doit pas être réalisé de façon machinale, ouvrant la porte à une certaine créativité et sens artistique (premier et second plan, angle de vue…), tout comme les questionnaires ne sont qu‘une base, et que chacun peut y ajouter des questions. L’ensemble des documents doit être remis au plus tard trois jours après la fin du contrat de partenariat, et la mauvaise réalisation de ceux-ci, ou leur envoi après la date limite - sauf cas de force majeur comme l’absence de connexion internet ou fax - peut être une cause de refus de partenariat l’année suivante. Si se sont les populations dans le besoin qui en pâtiront, IR estime, à plus forte raison, qu’une mauvaise gestion, fusse-t-elle localisée, peut avoir des répercussions négatives sur l’ensemble du pays ou sur l’action internationale même de l’organisation.

 

Un enjeu particulier pour Yeteem


IMG_9546.jpgL’ONG éthiopienne Yeteem Children and Destitute Mothers Fund est un partenaire régulier d’Islamic Relief depuis quatre ans pour le seul projet Qurbani. Cette année, la réalisation de l’action revêt un tout autre aspect. En effet, après plusieurs demandes de partenariat sur le long terme, Yeteem s’est vu notifié que l’acceptation de sa dernière proposition par le siège du Royaume-Uni dépendra des résultats qualitatifs du projet Qurbani 2011.

Yeteem a reçu 133 bêtes, et doit les distribuer à des bénéficiaires à Addis Abeba et en Région Afar. L’association a recensé quelques 450 personnes répondant aux critères d’IR, mais doit à présent réduire ce nombre entre 266 et 300 - un mouton pour deux - et privilégier les personnes selon l’ordre d’importance, afin que chaque famille reçoive suffisamment de viande. De même, en raison de la sécheresse qui frappe plus la région Afar que celle d’Addis Abeba, l’organisation devrait, en toute logique, privilégier l’Est du pays. Cela étant, l’achat de l’ensemble des bêtes se faisant dans la capitale, pour des raisons d’économie d’échelle, le transport d’un certain nombre d’entre elle a un pris non négligeable. L’association doit donc considérer l’ensemble de ces données, et les croiser avec celles prédéfinies par Islamic Relief si elle veut, dans les mois à venir, devenir un partenaire permanent de l’ONG internationale, et bénéficier d’office de ce projet pour les années à venir ainsi que d’un soutien régulier pour ses autres projets.

Publié dans Projets associatifs

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