Le Khât

Publié le par ethiopianadventures

Le Khât

SAM 0588Le khât - arbuste en arabe -, à l'origine, était consommé par les religieux musulmans - imams, penseurs... - pour élever leur compréhension de l'Islam, se "rapprocher de Dieu", et échanger leurs pensées et visions concernant la religion. Il est en quelque sorte comparable à l'utilisation de la datura ou de la salvia divinorium par les chamans, ou d'autres plantes réservées aux druides en Europe, même si son effet n'est en rien comparable. Légal en Ethiopie et dans certains pays arabes comme le Yémen, il est aujourd'hui consommé par une grande partie de la population, et c'est une manne assez importante pour le pays qui en exporte majoritairement vers les pays du Golfe et en Afrique de l'Est. Il est récolté chaque jour, au lever du soleil, et acheminé dans tout le pays. Les éthiopiens se rendant dans la capitale SAM 0587pour vendre leur production doivent s'acquitter d'une taxe. Mais si les policiers en charge arrêtent notamment les minibus et bus afin de vérifier le chargement, ils fouillent peu les sacs, donc il est aisé, surtout pour un farenji, d'en transporter une quantité importante. Comme la feuille de coca en Amérique Latine, le khât est légal ou toléré dans la Corne de l'Afrique, mais le reste du monde considère cette plante comme une drogue. Il est assez alarmant de voir comme le monde occidental à tendance à diaboliser un nombre incalculable de pratiques ou choses. Nécéssité faisant loi, le principe pousse nos décideurs, et par la force, nous même, à tout enfermer dans des carquants, mais l'alcool, le sexe, le chocolat, le pouvoir et l'argent, entre autres, ne sont-ils pas autant de drogues si l'on en abuse ? Cependant, la consommation excessive de khât peut provoquer certains problèmes. Si la dépendance est uniquement psychologique, elle tend à rendre le consommateur passif et entraîne une baisse de motivation, mais plus que tout, elle ampute le budget familial de manière conséquente.                                 

 

 

Aujourd'hui encore, cette plante est essentiellement consommée par les musulmans et les personnes d'origine ou ayant reçu une éducation arabe. Ainsi, en région Afar, majoritairement musulmane - Est et Nord-Est de l'Ethiopie, région considérée comme la plus chaude du globe et la moins développée du pays - il est courant de voir, en début d'après-midi, de nombreuses personnes errant, "absentes", le long de la route nationale ou dans les rues des villes et villages.S'il est d'usage, en voiture, de klaxonner les piétons au bord de la route, par prévention, il est nécessaire d'être très vigilant lorsque l'on conduit à cette heure de la journée car dix coups de klaxon ne suffisent parfois pas à dévier le passant sous l'emprise du khât.

Comment consommer le khât

Le fait de consommer du khât se dit "chew khât", littéralement mâcher le khât. A Addis Abeba, il existe des "khât houses", sortes de cafés, ou plutôt de fumeries d'opium, dont les pièces sont assez sombres, avec des matelas et coussins à même le sol. Néanmoins, la majorité des éthiopiens préfèrent acheter la plante dans les échoppes qui ornent les rues et la consommer chez eux, ou avachis sur le trottoir près d'une gargotte pour les plus pauvres. Il n'y a pas de jour particulier pour le khât - en pays Afar ils en consomment tous les jours - ni d'heure, mais évitez la matinée et la soirée. Avant de "mâcher", il est primordial de se munir d'eau, ou de toutes autres boissons non alcoolisée, de cigarettes, de cacahuètes, et de s'installer confortablement.


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Si vous êtes prêts et bien installés, nous pouvons donc commencer ! Tout d'abord, prenez quelques branches, et sélectionnez les feuilles les plus brunes. Les feuilles trop grandes ou trop vertes ne sont pas les meilleures. Préférez donc les petites pousses marron. Portez les ensuite à votre bouche. Vous pouvez, au choix, mâchez puis avaler les feuilles une à une, en petits tas, ou en faire une boule que vous gardez plusieurs minutes à plusieurs heures dans votre joue. Le goût, au début, est assez amer, et assèche rapidement la bouche. Prenez donc une gorgée d'Ambo - une eau gazeuse locale - allumez une cigarette, et continuer l'effeuillage.

Les effets du khât

Vous mâchez désormais depuis trois quarts d'heure, une heure, et vous ne ressentez aucun effet alors qu'autour de vous les personnes arborent un sourire, esquissent quelques rires et entrent dans des discussions plus ou moins philosophiques ? Peut être que le khât n'est pas de bonne qualité, ou que votre organisme a besoin de plus de temps pour synthétiser la molécule... Cependant, si vous ressentez l'envie de parler, d'exprimer vos sentiments et émotions, et que les idées se bousculent dans votre tête, vous êtes sur le bon chemin. Désormais vous vous sentez léger, vos muscles sont détendus, vous avez l'impression qu'un voile de coton vous enveloppe, et chaque pensée vous paraît limpide, simple, lumineuse et éthérée. A présent, les échanges fusent, et la connaissance originelle vous innonde comme un puit de lumière venu d'en haut. Bienvenue dans le cercle. Ne prenez pas peur, vous n'êtes pas drogué, vous êtes en possession de vos moyens, l'environnement qui vous entoure n'a rien d'irréel et vous pouvez totalement vous lever et être actif. Il ne tient qu'à vous de garder les rennes, le contrôle, ou de laisser votre esprit errer à loisir. c'est un cercle d'échanges, d'écoute, où les jugements négatifs, pensées sombres ou "bad trip" ne peuvent pénétrer.

Cela fait trois heures que vous mâchez, et vous ressentez l'envie de faire quelque chose. L'effet se dissipe, et une bière est la bienvenue pour reprendre vos esprit ou simplement refermer naturellement la porte de cet épisode, sortir manger quelque chose, vous rendre à une soirée... On ne revient jamais sur les discussions qui ont eu lieu en mâchant, comme l'on ne rigole pas en souvenir de telle ou telle action s'étend produit. En ce sens, le khât n'est pas une drogue au sens de consommation festive ou pour "s'éclater", même si elle se fait en groupe, mais plus un moyen d'entrer en communion les uns avec les autres, en un tout et non comme un individu face à un autre.

Je déguste à présent une bière, et s'il m'a fallu du temps pour rédiger cet article, c'est certainement car mes pensées vagabondaient deci delà, et que certaines rebondissaient avec celles de mes compagnons dans une profonde, philosophique et positive inspiration.

Nous sommes dimanche, il est 18h, et je vais à présent prendre de l'avance sur mon travail de la semaine.

Bonne soirée à toutes et tous et noubliez pas : "Consommez avec modération, mais partagez sans modération."

 

Q.L.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Khat_%28botanique%29

 

 


 

Publié dans Culture Ethiopienne

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