La musique de l’espoir au Yémen

Publié le par ethiopianadventures

Je partage avec vous cet article car j'ai rencontré Ahmed et Shady à Addis Abeba, que nous nous voyons regulièrement et qu'il est toujours intéressant de diffuser les initiatives positives de ce monde...

 

La musique de l’espoir au Yémen
Par Benjamin Wiacek
in La Voix du Yémen, le 25 juillet 2011, dans la catégorie Culture
 

Concert pour la liberté de la presse

Plusieurs jeunes se retrouvent dans un café moderne de Sana’a. L’ambiance fait oublier les évènements qui se déroulent quelques kilomètres plus loin, sur la Place du Changement. Assis de façon nonchalante sur une banquette avec son bonnet rasta, Ahmed Asery ne semble pas vraiment faire partie de la révolution que connaît le Yémen en ce moment.

Pourtant, à 26 ans, ce jeune chanteur et guitariste est l’un des plus célèbres artistes à diffuser le message des révolutionnaires à l’Université de Sana’a. Avec passion, il souhaite transmettre son message pour un soulèvement intellectuel. « Les gens doivent comprendre que le changement est nécessaire », explique-t-il, dans le but qu’ils puissent vivre ensemble « quelques soient leurs opinions ou leur religion. »

Un message en musique

L’entrée du jeune homme dans le monde de la musique est récente. Bien que passionné, il n’a commencé à prendre des leçons qu’en 2009 et pour trois mois seulement. Depuis, il joue et compose lui-même ses chansons. Début 2010, il participe au groupe « les Tontons Flingueurs » en jouant des reprises de classique pop, avant de fonder en mars de la même année, le groupe « Element music band » puis « Forsaken » avec lequel il participe à la Fête de la Musique au Centre Culturel Français de Sana’a, puis à la Journée Internationale contre la Corruption en décembre dernier.

Ahmed puise son inspiration principalement de Bob Marley. Le célèbre chanteur reggae disait des choses importantes et a réussi à faire passer un message à son public pendant des années. « Il est mort désormais, mais le message est toujours vivant », explique Ahmed. Le groupe essaye ainsi de perpétuer la transmission de ce message à sa manière.

Le début de la révolution en janvier dernier a permis à Ahmed de faire ainsi passer ces idées plus facilement. « Les gens prennent du plaisir avec les chansons, et de ce fait, écoutent plus », raconte-t-il, en ajoutant que ses représentations sur la Place du Changement lui ont donné l’occasion d’avoir une réelle interaction avec le public. « Nous apprenons d’eux également, et nous recevons des suggestions sur les sujets que nous devrions évoquer », ajoute Shady Nasher, autre membre du groupe.

D’après eux, bien que l’issue de la révolution soit encore incertaine, son premier succès a été de changer les esprits. Il est vrai que pour beaucoup, le changement était impossible : personne, ou presque, n’osait élever la voix de peur d’avoir affaire avec la Sécurité Nationale. « Désormais, les gens ont brisé le mur qui existait entre eux, et nombreux sont ceux qui ont pris connaissance de certains problèmes comme celui-ci des Ja’ashin », confie Ahmed. Réfugiés dans leur propre pays suite à la tyrannie du sheikh de leur village, les Ja’ashin étaient complètement inconnus et presque ignorés de la part de la population. « Maintenant, les gens les connaissent grâce à la chanson que nous avons composée pour eux, et qu’ils n’arrêtent pas de chanter. »

L’art et la révolution

Le soulèvement populaire que connaît le Yémen, et qui a déjà apporté son lot de changements, n’a pas oublié l’art. En effet, celui-ci évolue avec la révolution, et sa perception en est transformée. L’art n’était pas apprécié auparavant, certains évoquaient même le Yémen comme un « cimetière de talents » puisque et les artistes étaient généralement vus avec dédain, mais « les gens le redécouvrent désormais, et c’est comme une renaissance sur le parvis de l’Université de Sana’a », commente Ahmed qui considère que l’art a une place primordiale dans cette révolution. « Il fait se réunir les gens et les fait écouter. »

Malgré un succès relatif à ses débuts sur la place, le groupe a persisté et le bouche à oreille a eu raison des sceptiques. Le public est nombreux désormais à applaudir chaudement les musiciens en les harcelant pour connaître le jour de leur prochaine représentation.

Après le lancement de cette révolution politique, Ahmed explique comment son travail sera encore plus important pour la seconde phase : la révolution intellectuelle. « Beaucoup de choses ont été accomplies sur le plan politique, le monde entier parle de nous, mais maintenant il nous faut travailler pour l’égalité et la justice sociale », explique le musicien.

Ahmed espère en effet que la révolution aura un impact plus profond qu’un simple changement de régime. « Nos chansons sont un appel à travailler ensemble, pour commencer à bâtir un nouveau Yémen et se comprendre l’un l’autre. » Le droit des femmes, la corruption, et l’égalité des sexes font ainsi partie des thèmes que le groupe commence à développer dans ses chansons.

« Aussi longtemps que nécessaire »

Au cœur d’une révolution qui a déjà fait quelques centaines de victimes, la question de la sécurité de ces artistes révolutionnaires est un point sensible. Les renseignements et les agents de la Sécurité Nationale notamment, chassent ces jeunes qui tentent de répandre un message contre le régime. « Nous avons plusieurs fois reçu des menaces par téléphone, et nous nous sommes faits agresser et tabasser il y a quelques jours encore », raconte Shady.

Ahmed et Shady sont forcés de déménager régulièrement pour éviter les ennuis avec la Sécurité et ils ne cessent de bouger d’un endroit à autre. « Nous n’arrêterons jamais, même si le danger ne cesse d’augmenter », explique Ahmed, rempli d’une détermination à toute épreuve. « Nous croyons avec force que ce que nous faisons est juste, et nous continuerons aussi longtemps que cela est nécessaire », ajoute-t-il.

Forts de leur engagement, Ahmed et Shady organisent également avec d’autres amis des réunions, des conférences, des débats avec « des supporteurs pro-Saleh et pro-changement qui « s’affrontent », mais tous sont amis », explique Shady. L’idée est encore une fois d’inciter à l’échange d’idées et au dialogue.

Car s’il y a bien une chose qu’Ahmed et Shady souhaitent et espèrent profondément pour l’avenir du Yémen, c’est « l’amour et la paix dans [leur] pays. »

 http://www.lavoixduyemen.com/2011/07/25/la-musique-de-lespoir-au-yemen/780/

http://www.freedomtocreate.com/3-meters-away

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