L'éducation non formelle ou comment concilier culture locale et apprentissage

Publié le par ethiopianadventures

Par Quentin Léal

27 octobre 2011, Awash, Ethiopie
 

(english version below)

 

Réalisé par l’ONG éthiopienne Yeteem Children and Destitute Mothers Fund avec l’aide de partenaires internationaux, le projet d’éducation non-formelle de Delbi a pris de l’ampleur. En Afar, région la moins développée d’Ethiopie - Est-Nord-Est - ce projet permet de concilier mode de vie agro-pastoral semi nomade et apprentissage.

Delbi-School-Project--Yeteem- 9390blog85 % de la population éthiopienne vit en milieu rural, ce qui implique plusieurs problèmes concernant l’éducation : l’utilisation des enfants pour le travail pastoral et domestique, l’éloignement des écoles par rapport au logement, le manque d’établissements et de professeurs, le coût élevé de l’éducation, le manque de places, l'arrêt des études après la première année et un manque de connaissances des parents sur l’importance de la scolarisation.  Dans l'enseignement traditionnel, seul 53% des garçons et 48% des filles atteignent la cinquième années pour ces différentes raisons. La population Afar, majoritairement musulmane, est caractérisée par un mode de vie semi-nomade dans la région la plus chaude et désertique du pays. Le système éducationnel traditionnel est donc difficilement applicable et inadapté. Ainsi, l’alternative de l’éducation non-formelle, plus flexible en terme d’horaires permet de respecter le mode de vie traditionnel local tout en apportant des connaissances générales et techniques, les plus jeunes - de quatre à dix ans - étant en cours uniquement le matin, tandis que leurs aînés - 11 à 22 ans - le sont l’après-midi. Ce principe de roulement offre donc la possibilité à chacun d’étudier et de participer au travail familial sans que celui-ci en soit négativement atteint.

L’école de Delbi

Delbi-School-Project--Yeteem- 9227blogLors du lancement du projet, en 2009, l’école se faisait à l’extérieur, et l’on comptait un seul professeur pour 80 élèves, toutes tranches d’âge confondues. Depuis, grâce à un travail de sensibilisation, la construction de quatre classes, l’obtention de livres par le Ministère de l’Education et le recrutement d’enseignants, le projet a pris de l’ampleur. On compte aujourd’hui 510 élèves  - 269 garçons et 241 filles - et 12 professeurs - 5 hommes et 7 femmes - tous issus de la localité, dans un rayon de 2 km autour de l’école. Pour chaque matière - mathématiques, biologie, physique/chimie générale, anglais et amharique - et chaque niveau, les enseignants disposent d’un livre. Les élèves doivent donc recopier leçons et exercices à partir du tableau. Si le projet est une réussite en terme d’enfants scolarisés, de diplômés, et de compréhension des thématiques locales abordées - déforestation, irrigation - l’évolution rapide et soutenue de l’école entraîne de nouveaux besoins parfois difficiles à satisfaire avec un budget annuel de 150 000 birr (6500 euros).

Nouveaux besoins et problèmes identifiés


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Le nombre grandissant d’élèves, couplé au nombre insuffisant de salles de classe et de matériel rendent l’enseignement et l’apprentissage difficile. En effet, quatre classes sont actuellement disponibles pour accueillir 250 élèves (matin et après-midi). Le manque de bureaux force donc une majorité des enfants à s’assoir à même le sol pour suivre les cours, et certains niveaux comptent plus de 70 élèves par salle. Afin de répondre à ce problème, l’ONG Yeteem a entrepris la construction d’une cinquième classe, et vient de livrer 30 pupitres d’écoliers, deux tableaux noirs ainsi que des portes et des fenêtres. Ils permettront de meilleures conditions de travail pour 90 enfants, soit trois par pupitres. Par ailleurs, Afin de réduire les coûts de production des bureaux et autres matériel, l’association achète les matériaux bruts - bois et métal - et réalise la construction finale grâce à son centre de formation en ébénisterie et métallurgie situé à Addis Abeba. Les étudiants bénéficiaires du centre de formation - autre projet - peuvent ainsi mettre en pratique les enseignements théoriques tout en apportant leur soutien à d’autres personnes dans le besoin. Par ce choix, originellement motivé par souci d’économie, l’association inculque également à ses bénéficiaires des principes moraux de respect et d’entraide. Une bibliothèque est également en cours de réalisation, mais l’inflation galopante permet difficilement à l’école de pourvoir les besoins en matériel de construction, matériel scolaire et livres. Il en va de même pour la réalisation des examens : le directeur et les enseignants doivent payer pour l’utilisation d’un ordinateur afin de rédiger les sujets, ainsi que pour l’impression et les photocopies. Il leur est donc difficile de joindre les deux bouts, et souhaitent bénéficier d’un soutien pour l’achat de matériel informatique, car leur salaire - versé à 80% par l’Etat - n’est pas suffisant pour répondre à leurs besoins et à ceux de leur profession.

D’autre part, si l’électricité est installé dans tout le secteur depuis 2008, il n’y a pas de structures d’hygiène - toilettes, lavabos . Dans cette région désertique et semi désertique où la température descend rarement en dessous de 35°, l’accès à l’eau pour les enfants est primordiale, et permettrait, en outre, une meilleure compréhension de certains cours. En effet, l’éducation civique se penche en partie sur les choses à faire et à éviter, comme boire de l’eau insalubre ou déféquer dans la nature, mais cet enseignement reste peu entendu et réalisé car la mise en pratique est impossible actuellement.

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Si la réussite, quelle qu’elle soit se mesure souvent au résultat en comparaison des moyens à disposition, alors celui de l’école du village de Delbi est certainement un bon exemple, d’autant qu’aucun déracinement culturel n’a été observé. Mais la perfection n’étant approchable que par la répétition, l’ONG Yeteem a besoin de soutien - financier ou matériel - afin de solutionner les problèmes existant et rendre ce projet pérenne.

 

 

Pour plus d'informations :

- Yeteem Children and Destitute Mothers Fund : http://yeteemethiopianfund.over-blog.com (site en anglais en cours de finalisation)

- Pain et Eau pour l'Afrique (partenaire français) : http://www.paineteau.com/

 

 


 

Non-formal education or how to reconcile local culture and learning

Directed by the Ethiopian NGO, Yeteem Children and Destitute Mothers Fund, with the aid of international partners, the non-formal education project of Delbi has spread. In Afar, the least developed region of East-North-East Ethiopia, this project allows their semi-nomadic agro-pastoral way of life to be compatible with learning.

Eighty-five percent of the Ethiopian population lives in rural areas, which means that there are several problems concerning education: the use of children for agrarian and domestic work, the distance from schools in relations to housing, the lack of facilities and teachers, the high cost of education and a lack of parental knowledge about the importance of schooling. The Afar population, mostly Muslim, is characterized by a semi-nomadic way of life in the hottest and most barren region of the country. The traditional system of education is impractical. Thus, the alternative of a non-formal education, more flexible in terms of scheduling, allows for respect for the local way of life while providing general and technical knowledge. Younger students, from four to ten years old, go to school in the morning; older students, from eleven to twenty-two years of age, go in the afternoon. This idea of rotation makes it possible for everyone to study and participate in family work without either one being negatively affected.

The Delbi School
 
Delbi-School-Project--Yeteem- 9211When the project started in 2009, the school was conducted outdoors, and there was only one teacher for eighty students, with all age groups combined. Since then, thanks to advocacy work, the construction of four classrooms, the acquisition of books by the Minister of Education and the recruitment of instructors, the project has gained momentum. There are now 510 students, 260 boys and 241 girls, and twelve teachers, 5 men and 7 women, all originating from the local area, in a 2-kilometer radius around the school. For each subject, math, biology, physics/general chemistry, English, and Amharic, and each level, teachers have a book to use. Students must copy lessons and exercises from the chalkboard. If the project is a success in terms of children sent to school and graduated, the rapid and sustained development of the school will bring new needs that may sometimes be difficult to satisfy with an annual budget of 150,000 birr (6,500 euros)
 
New needs and identified problems

DSC04213The growing number of students, coupled with an insufficient number of classrooms and insufficient materials makes teaching and learning difficult. In fact, only four classrooms are currently available to accommodate 250 students (morning and afternoon). The lack of desks forces a majority of the children to sit on the ground in order to take the courses, and some levels have more than seventy students per class. To address this problem, the NGO, Yeteem, began construction of a fifth classroom, and has delivered  thirty desks, and two blackboards along with doors and windows. This will permit better working conditions for 90 children, that is, three students to a desk. Moreover, to reduce the costs of production for the desks and other materials, the association buys raw materials, wood and metal, and completes the final construction through its woodworking and metalworking training center situated in Addis Ababa. Students benefiting from the training center, another project, can thus put their theoretical learning into practice while providing support to others in need. By making this choice, originally motivated by economical reasons, the association also instills in its beneficiaries the moral principles of respect and mutual support. A library is also in the process of being completed, but runaway inflation makes it difficult for schools to fill the needs for construction materials, school supplies and books. The same goes for the construction of tests: the director and the instructors must pay for the use of a computer in order to write up the tests questions, as well as the printing and the photocopies. This makes it difficult for them to make ends meet, and they wish to benefit from some financial support for the purchase of computer materials, because their salaries, eighty percent of which is paid by the State, are not sufficient to meet their own needs and those of their profession.
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Furthermore, although electricity has been installed throughout the area since 2008, there are no hygiene facilities, i.e. toilets, sinks. In this desert and semi-desert region where the temperature rarely drops below 35o [Celsius], access to water for the children is paramount, and would likewise facilitate learning in certain classes. Indeed civic education focuses in part on things to do and things to avoid, like drinking unsanitary water or defecating outdoors, but these lessons remains little understood or put into practice because their implementation is currently impossible.

If one considers an enterprise successful in which the outcome is measured in comparison to the resources available, then the outcome of the Delbi village school  is certainly a good example, all the more because no cultural uprooting has been observed. But excellence is only approachable by repetition. that is why the NGO Yeteem needs support, financial or material, to solve existing problems and to make this project sustainable.

For more information :

Bread and Water for Africa UK   

Bread and Water for Africa USA 

Publié dans Projets associatifs

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