COP17 à Durban : faire face à l’insécurité alimentaire

Publié le par ethiopianadventures

Par Jean-Charles BATENBAUM

Le 29 novembre 2011


Une nouvelle étude, rendue publique, hier, par Oxfam, démontre qu’au cours de l'année écoulée, des phénomènes météorologiques extrêmes ont ébranlé les marchés mondiaux, contribuant à l'envolée du prix du blé et compromettant la sécurité alimentaire dans de nombreuses régions du monde.

Une nouvelle étude, rendue publique, hier, par Oxfam, démontre qu’au cours de l'année écoulée, des phénomènes météorologiques extrêmes ont ébranlé les marchés mondiaux, contribuant à l'envolée du prix du blé et compromettant la sécurité alimentaire dans de nombreuses régions du monde.

En effet, l’étude estime que plusieurs phénomènes météorologiques ont joué un rôle extrêmes dans l'insécurité alimentaire aux niveaux mondial, régional et local depuis 2010 et vont aggraver les effets déjà prévus du changement climatique sur les rendements agricoles et les prix alimentaires, avec comme conséquences pénuries alimentaires, marchés déstabilisés et flambées des prix. 

Pour exemple, en juillet, le prix du sorgho a enregistré en Somalie une hausse de 393 %, tandis que le prix du maïs augmentait de 191 % en Éthiopie et de 161 % au Kenya, le tout par rapport à la moyenne des prix des cinq dernières années.
 

 

Cette étude a été rendue publique, à l’occasion de l’ouverture de la Conférence des Nations sur le Changement climatique (COP 17), à Durban, en Afrique du Sud, qui doit, entre autre, aboutir à des mesures concrètes pour juguler la spirale de la faim

Autre exemple, en Afghanistan, une grave sécheresse a fait grimper les prix du blé et de la farine de blé de 79 % en juillet 2011 par rapport à leur niveau un an plus tôt, dans les régions touchées.

Cette étude a été rendue publique, à l’occasion de l’ouverture de la Conférence des Nations sur le Changement climatique (COP 17), à Durban, en Afrique du Sud, qui doit, entre autre, aboutir à des mesures concrètes pour juguler la spirale de la faim.

« Le Protocole de Kyoto fait office d'épine dorsale des efforts internationaux de lutte contre le changement climatique. Il est donc essentiel que Durban évite toute rétrogradation du régime actuel en prolongeant Kyoto et passe à la vitesse supérieure avec un consensus sur la nécessité de conclure au plus vite un accord global et juridiquement contraignant pour l'ensemble des pays », note Oxfam.

« Cette année pourrait n’être qu’un sinistre avant-goût de ce que nous réserve l’avenir. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a dernièrement avertit que la fréquence et la gravité des phénomènes météorologiques extrêmes risquent d’augmenter si rien n’est fait pour contrer le changement climatique. De la Corne de l’Afrique à l’Asie du Sud-Est et jusqu’en Russie et en Afghanistan, inondations, sécheresses et canicules ont plongé des dizaines de millions de personnes dans la faim et la pauvreté cette année (…) La situation ne fera que s’aggraver avec l’accélération du changement climatique et l’accroissement des difficultés agricoles. Les États réunis à Durban doivent agir maintenant pour protéger notre approvisionnement alimentaire et éviter que des millions de personnes ne basculent dans la faim et la pauvreté », souligne Kelly Dent, actuellement à Durban pour Oxfam.

Aujourd’hui, un nombre sans précédent de pays ont promis de réduire leurs émissions et, pour la première fois, les engagements des pays en développement sont plus importants que ceux des pays développés, par rapport aux projections de leurs niveaux respectifs. Ces efforts demeurent néanmoins insuffisants si l'on veut éviter un réchauffement climatique catastrophique.

À Durban, les États doivent convenir d'accélérer leurs réductions d'émissions avant 2020. Après, ce sera trop tard ; il deviendra impossible de maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 2° C convenus à Cancún (sans parler du 1,5° C nécessaire).

Oxfam appelle les négociateurs à progresser sur trois points essentiels.

Ils doivent en premier lieu convenir qu’un régime juridiquement contraignant de lutte contre le changement climatique s’impose. Le Protocole de Kyoto fait office d’épine dorsale des efforts internationaux de lutte contre le changement climatique. Il est donc essentiel que Durban évite toute rétrogradation du régime actuel en prolongeant Kyoto et passe à la vitesse supérieure avec un consensus sur la nécessité de conclure au plus vite un accord global et juridiquement contraignant pour l’ensemble des pays.

En deuxième lieu, les États doivent prendre le taureau par les cornes pour réduire l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions. Un nombre sans précédent de pays ont promis de réduire leurs émissions et, pour la première fois, les engagements des pays en développement sont plus importants que ceux des pays développés, par rapport aux projections de leurs niveaux respectifs. Ces efforts demeurent néanmoins insuffisants si l’on veut éviter un réchauffement climatique catastrophique. À Durban, les États doivent convenir d’accélérer leurs réductions d’émissions avant 2020. Après, ce sera trop tard ; il deviendra impossible de maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 2° C convenus à Cancún (sans parler du 1,5° C nécessaire). Tous les pays doivent prévoir de contribuer équitablement à l’effort mondial requis.

 

 Enfin, les gouvernements doivent débloquer le financement à long terme qui permettra aux populations pauvres de faire face au changement climatique. Le Fonds vert pour le climat doit être opérationnel d’ici à 2013. Il convient d’adopter l’intégralité des recommandations formulées par le Comité de transition et de s’opposer aux tentatives des États-Unis ou de tout autre pays de rouvrir les négociations en la matière. Il faut aussi préserver les dispositions primordiales accordant aux pays en développement la maîtrise des dépenses au niveau national et assurant que les besoins et la parole des femmes occupent une place centrale dans le Fonds.

Le Fonds ne peut cependant pas devenir une coquille vide. Les négociations sur le climat de Durban doivent garantir que les promesses des pays développés de procurer 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 se concrétisent. Après 2012 et le terme du financement précoce ("fast start") dans le cadre duquel les pays se sont engagés, à Copenhague, à mobiliser 30 milliards de dollars, les États devront veiller à éviter tout déficit et à progressivement accroître les recettes. Un accord sur de nouvelles sources de financement est possible à Durban ; une taxation juste des émissions de CO2 – importantes et croissantes – dans le secteur du transport maritime et aérien international permettrait de générer des recettes considérables. Les États doivent saisir cette opportunité, conclut le rapport d’Oxfam.


En savoir plus : note d'Oxfam (en français) sur le financement de la lutte contre le changement climatique à Durban : http://www.oxfamfrance.org/IMG/pdf/durban_financements_Oxfam.pdf

Publié dans Revue de Presse

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